Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!
Vous êtes ici
Home > Fortnite > derrière le succès phénoménal, des salariés sous pression  

derrière le succès phénoménal, des salariés sous pression  



Le média américain Polygon a enquêté sur les conditions de travail des développeurs du jeu à succès Fortnite, où les semaines de 60 à 70 heures de travail ne sont pas rares. La cadence s’est accélérée à mesure que le titre est devenu un phénomène mondial.



«En moyenne, je travaille soixante-dix heures par semaine», clame un employé d’Epic Games, l’entreprise qui a créé et qui continue de développer le jeu vidéo Fortnite. Deux ans après son lancement en juillet 2017, ce titre gratuit compte 250 millions de joueurs. Son succès et sa longévité réside dans l’ajout régulier de nouveaux contenus (des missions, des costumes pour les personnages, des armes) qui pousse les fans à se connecter plusieurs fois par semaine. Mais un tel phénomène, qui a rapporté à Epic Games plus de 3 milliards de dollars de bénéfices en 2018, n’a pas été sans avoir des conséquences sur les conditions de travail des salariés du studio, comme le rélève une enquête publiée sur le site américain Polygon.

«Fortnite a atteint un niveau de succès bien plus haut que ce qu’on aurait jamais pu anticiper», explique un porte-parole d’Epic Games au média américain. «Notre équipe s’est agrandie à mesure que le jeu gagnait en popularité […] Nous avons plus que doublé le nombre d’employés à temps plein depuis le lancement du jeu en 2017». Exemple évocateur: un membre du service consommateur chargé de répondre aux questions des joueurs a vu le nombre de ses collègues considérablement augmenter du jour au lendemain: «On est passé de quelques personne à ‘‘au fait, tu as cinquante nouveaux collègues qui n’ont absolument aucune formation’’».

Le nombre de questions déposées chaque jour par les joueurs est passé de 30 à 3000. «On nous a dit que l’on devait répondre à 200 questions par jour et travailler 50 heures par semaine. Tenir ce rythme est très fatigant car cela nécessite de travailler très rapidement», poursuit l’employé. «Quand on m’a appris ces nouvelles règles, j’ai fondu en larmes car j’étais déjà exténué. J’ai eu l’impression qu’ils s’en fichaient royalement.»

Une situation de «crunch» constante

Cette pression est aussi partagée par les développeurs. Ce sont eux qui conçoivent les nouveaux ajouts réguliers prisés par les fans de Fortnite : «Le plus gros problème, c’est qu’on met constamment le jeu à jour», raconte un autre membre d’Epic Games. «Nos patrons n’ont qu’un seul but, que Fortnite reste au sommet de sa popularité le plus longtemps possible.» Le tout aboutit à des seuils de travail hebdomadaires alarmants: certains employés ont avoué avoir passé soixante-dix heures par semaine dans les locaux d’Epic Games. Dans les cas les plus extrêmes, ce chiffre atteint une centaine d’heures. Bien souvent dans les studios de développement américains, ces heures supplémentaires ne sont pas rémunérées.

«Nos patrons n’ont qu’un seul but, que Fortnite reste au sommet de sa popularité le plus longtemps possible»

Avec de tels rythmes de travail, certains affirment être «constamment en ‘‘crunch’’». Le «crunch» est une expression propre au monde du jeu vidéo, que l’on peut traduire par «être charrette». Il s’agit des derniers moments avant la fin de la production d’un titre, lorsque les concepteurs doivent redoubler d’efforts pour rendre la meilleure copie possible, quitte à ne plus compter les heures supplémentaires.

Dans le cas de Fortnite, cette phase ne s’arrête jamais vraiment: le jeu accueille sans cesse de nouvelles mises à jour et des nouveaux contenus. Les développeurs doivent donc fournir un effort considérable en permanence. Le tout sous le regard d’une direction qui, selon les témoignages de Polygon, dénigre ceux qui souhaitent quitter leur poste à la fin de leur journée officielle de travail. «Officiellement vous êtes censé partir au bout de huit heures, mais en réalité, si vous ne faites pas vos heures supplémentaires, vous devenez la cible de vos supérieurs», explique un salarié.

Derrière le design amusant de Fortnite se cache des conditions de travail difficiles pour les salariés
Derrière le design amusant de Fortnite se cache des conditions de travail difficiles pour les salariés Epic Games

Le journaliste américain Jason Schreier a dédié un ouvrage aux histoires mouvementées du jeu vidéo, en évoquant notamment les conditions de travail dans l’industrie. La notion de «crunch» ne lui a pas échappé: «Ces salariés sont des gens passionnés qui aiment le jeu vidéo. Et le mot «passion» est souvent détourné par l’industrie pour leur faire accepter n’importe quoi», expliquait-il au Figaro. «Il est facile d’abuser de personnes passionnées et de leur faire accumuler les heures supplémentaires au détriment de leur vie personnelle et de leur santé.»

La presse spécialisée américaine a publié ces derniers mois de nombreuses enquêtes sur le rythme de travail harassant de certaines grosses productions du jeu vidéo. Des appels à la syndicalisation ont été lancés, mais sans grand succès. «Les syndicats pourraient pourtant apporter plusieurs protections, comme la garantie de voir les heures supplémentaires être réellement payées», notait Jason Schreier.

» VOIR AUSSI – Pourquoi faire gagner 100 millions de dollars dans une compétition Fortnite pose problème

Pourquoi faire gagner 100 millions de dollars dans une compétition Fortnite pose problème – Regarder sur Figaro Live

«Ce rythme de travail est en train de tuer les salariés»

«Si vous refusez de faire des heures supplémentaires, vous pouvez être sûr que votre CDD ne sera pas prolongé»

D’après les témoignages rapportés par Polygon, les employés d’Epic Games travaillent davantage sous pression que par passion: même s’il ne leur est pas explicitement demandé de rester, la peur d’être étiqueté comme paresseux voire de perdre leur emploi est constante. «Je connais des personnes qui ont refusé de travailler le week-end. Résultat leur équipe n’a pas pu rendre son projet à temps, et ils se sont faits licencier», explique une source.

La pression est aussi forte du côté des CDD. «Votre contrat peut être de trois mois ou un an. Mais si vous ne faites pas d’heures sup’, vous pouvez être sûr que vous ne serez pas prolongé», explique l’un d’entre eux. «Les jeunes employés sont les plus vulnérables. Je leur dis de rentrer chez eux mais ils me disent ‘je veux une promotion’. La compétition interne est intense, ils sont ambitieux, et ils pensent que c’est normal de travailler 100 heures par semaine», relate un autre salarié.

«Ces semaines de cent heures sont incroyablement rares», a affirmé un porte-parole d’Epic Games à Polygon. Le média américain rapporte que des directives ont été diffusées en interne pour rappeler que les heures supplémentaires devaient être volontaires et non imposées. Mais les effets sur le terrain ont été presque nuls.

«Ce rythme de travail est en train de tuer les salariés», indique un membre d’Epic Games. «Quelque chose doit changer. Je ne peux même pas imaginer une autre année comme celle-là. Au début, ça allait, parce que Fortnite était un gros succès, et on devait résoudre des problèmes nouveaux pour nous comme comment gérer une énorme boîte qui fait un jeu en ligne. Mais maintenant, la charge de travail est devenue colossale.»


» VOIR AUSSI – Apex Legends, la relève de Fortnite? On a testé le nouveau phénomène du «Battle royale»

Apex Legends, la relève de Fortnite ? On a testé le nouveau phénomène du «Battle Royale» – Regarder sur Figaro Live



Source link

Laisser un commentaire

Top